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 Les Mains Libres  - Jeanne Benameur (Denoël)

  

Il y a Madame Lure, veuve repliée sur elle-même, qui voyage sur la table de sa cuisine, grâce aux catalogues de voyage que son imaginaire lui permet de pénétrer. Un jour qu'elle sort de son "chez elle"  qu'elle s'applique à tenir bien rangé, elle remarque la main d'un vagabond qui dérobe du chocolat. Cette main chapardeuse la fascine au point qu'elle décide d'en suivre le propriétaire, Vargas, jeune illettré qui vit à quelques mètres de chez elle, dans une roulotte avec sa sœur et son grand-père. Leur improbable rencontre se fera doucement, imperceptiblement, et ces deux là que tout prédisposait à vivre à côté l'un de l'autre sans jamais se rencontrer, se parleront, s'écouteront et se comprendront.

Madame Lure entourée des livres de son défunt mari, qu'elle n'a jamais osé ouvrir et Vargas qui ne sait pas lire se ressemblent. Tous deux oubliés de la société, timides, se livrent peu à peu, racontant chacun leur histoire par bribes. 

 

mon avis

Jeanne Benameur interroge ici le lecteur sur l'indifférence urbaine, la peur de l'autre et la solitude. Les personnages sont subtils et leur rencontre très émouvante. Le troisième personnage "la marionnette" qui accompagne Vargas, donne au roman une dimension onirique, poétique et presque théâtrale. Ce roman donne envie de changer le regard que l'on porte sur les abris de fortune qu'on aperçoit parfois sous les ponts.

 

Les Demeurées  - Jeanne Benameur (Denoël)

 

Trois personnages : La Varienne, la mère ; Luce sa fille et Solange l'institutrice. La Varienne, esprit simple et frustre, cruellement appelée "la demeurée" par le village,  vit dans une relation d'amour fusionnel, inconditionnel et exclusif avec sa fille. Dans le plus absolu silence.

Il y a entre ces deux là un amour primitif pur, que la civilisation n'a pas pu souiller. Et la civilisation c'est l'écriture. Cette écriture que Solange, l'institutrice essaye coûte que coûte d'enseigner à Luce. Mais la petite comprend le danger de ces mots qui volent dans l'air, au-dessus des arbres et qui pourraient la voler à sa mère, à cet amour tissé si serré autour d'elles. Alors elle refuse obstinément d'apprendre et se réfugie auprès de sa mère cherchant un "retour in utero", fuyant l'institutrice vertueuse qui confrontée à cet échec, sombrera…

 

mon avis

Extraordinaire de beauté, de poésie et de sobriété. Il y a dans le style de Jeanne Benameur une économie de mots qui font de son écriture de "l'essence d'écriture". Les sentiments sont suggérés avec pudeur et les situations décrites avec minimalisme. Ce très court roman (80 pages) interroge sur la relation mère-fille, le confinement dans l'ignorance et surtout l'accès au langage. Le style dépouillé est particulièrement adapté à cette étonnante histoire de silences qui peu à peu se déchirent.