Un livre délivre

impressions et sentiments d'une "livrivore"

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Ces auteur(e)s qui au-delà des histoires qu'ils racontent, nous façonnent
et nous aident à nous construire... sans le savoir. Merci à eux d'exister.
 
 
 Le choc fondateur : Stefan Zweig

Stefan Zweig est incontestablement un des plus grands auteurs du siècle passé, pour ne pas dire LE plus grand.
Romans, poèmes, théâtre, biographies, autobiographie ; il laisse une oeuvre immense, prématurément interrompue par son suicide le 22 février 1942, au Brésil où il avait trouvé refuge.
 
Docteur en philosophie à 23 ans et fortement impressionné par Rilke il débuta avec la poésie, qui lui valut le prix de poésie Bauernfeld. Puis il s'adonna au théâtre et écrivit quelques pièces magistrales, dont "Volpone" qu'il adapta avec Jules Romain et tint l'affiche de l'Atelier de longs mois.
Insatiable voyageur, il rencontre en Belgique Emile Verhaeren (1855-1916), dont il devient l'ami intime, le traducteur et le biographe. Lorsque la première Guerre Mondiale éclate, Zweig tout comme son ami Romain Rolland, refuse le nationalisme  et se révèle ardent pacifiste. Cette guerre le révolte et le meurtrit. Il y voit une décadence de l'homme, dont il parle avec passion dans "Le Monde d'Hier".
A partir de 1919, installé à Salsbourg, il écrit ses plus célèbres romans  "Vingt-quatre heures de la vie d'une femme", "Amok", "La Confusion des Sentiments", "La Peur"... et de nombreux essais sur Dostoïevski, Tolstoï, Stendhal, Nietzsche, Freud, dont il était l'intime, etc...
Suivent les biographies, dont celle exceptionnelle de "Fouché". Mais Hitler arrive alors au pouvoir en Allemagne. L'Autriche rapidement nazifiée et envahie poursuit les juifs.
Zweig est juif, ses livres sont brulés en autodafé.
Zweig vit alors une immense souffrance et commence sa vie d'errance : Angleterre, Brésil, France, Autriche, Etats-Unis. 
Le 22 février 1942, Stefan Zweig rédige un message d'adieu avant de se donner la mort avec sa deuxième femme Lotte. Il ne supporta pas de voir l'humanité sombrer dans les ténèbres de la barbarie.
 
S'il fallait choisir, en dehors du Joueur d'échecs
- un roman  : La pitié dangereuse
- une biographie  : Joseph Fouché
- une correspondance : Sigmund Freud - Stefan Zweig
- et incontournable : Le monde d'hier, Souvenirs d'un Européen - autobiographie, 1948 (publiée à titre posthume)
Ce récit autobiographique nous fait traverser le siècle : Vienne fin 19°, la Guerre 1914-1918, l'ascension d'Hitler... et croiser d'illustres personnalités : Rodin, Romain Rolland, Émile Verhaeren, Freud, Rilke, Valéry...
Essentiel pour la compréhension du siècle dernier et donc pour celui qui commence, ce récit de souvenirs personnels replacés dans un contexte historique, permet au lecteur une compréhension immédiate d'une époque où le rythme du dix-neuvième siècle,  laisse la place à la tourmente du vingtième.
Le chef d'oeuvre de Zweig.
Romans, poèmes, essais et théâtre
Cordes d'argent - poèmes, 1901
L'Étoile au-dessus de la forêt, 1903
Les Prodiges de la vie, 1903
Dans la neige,  1904
L'Amour d'Érika Ewald, 1904
La Marche, 1904
La Croix
Les Guirlandes précoces - poèmes, 1907
Thersite - théâtre, 1907 
La Maison au bord de la mer - théâtre, 1911
Jérémie - théâtre, 1916
Amok ou Le Fou de Malaisie, 1922
La Confusion des sentiments, 1926
Lettre d'une inconnue, 1927
La Ruelle au clair de lune, 1927
Volpone - théâtre, 1927
Les Heures étoilées de l'Humanité, 1927
Vingt-Quatre Heures de la vie d'une femme, 1929
L'Agneau du pauvre - théâtre, 1930
Destruction d'un cœur, 1931
La Gouvernante, 1931
Le Jeu dangereux, 1931
La Guérison par l'esprit, 1932, traité sur les œuvres et les vies de Sigmund Freud, Mary Baker Eddy et Franz Anton Mesmer
La Peur, 1935
Conscience contre violence, 1936
Le Chandelier enterré, 1937
Brûlant Secret, 1938
La Pitié dangereuse, 1939
Essai sur Tolstoï, 1940
Amerigo, récit d'une erreur historique, 1941 
Le Brésil, Terre d'avenir, 1942
Le Joueur d'échecs, 1943
Le monde d'hier, Souvenirs d'un Européen - autobiographie, 1948
Histoire d'une déchéance
Le Comédien métamorphosé
La Femme et le Paysage
La Nuit fantastique
La Légende de la troisième colombe
Au bord du lac Léman
La Contrainte
Un mariage à Lyon
Ivresse de la métamorphose
Clarissa
Conte crépusculaire
La Collection invisible
Leporella
Le Bouquiniste Mendel
Révélation inattendue d'un métier
Virata
Rachel contre Dieu
Les Deux jumelles
Hommes et Destin
Biographies
Émile Verhaeren : sa vie, son œuvre, 1910
Deux grands romanciers du XIXe  : Balzac, Dickens, 1927
Dostoïevski, 1928
Tolstoï, 1928
Marceline Desbordes-Valmore : son œuvre, 1928
Romain Rolland : sa vie, son œuvre, 1929
Casanova, 1930
Joseph Fouché, 1930
Souvenirs sur Émile Verhaeren, 1931
Sigmund Freud, 1932
Marie-Antoinette, 1933
Érasme, Grandeur et décadence d'une idée, 1934
Marie Stuart, 1935 
Trois poètes de leur vie (Stendhal, Casanova, Tolstoï), 1937  
Le Combat avec le démon (Kleist, Hölderlin, Nietzsche), 1937
Magellan, 1938
Balzac, le roman de sa vie, 1950.

Correspondances
Sigmund Freud - Stefan Zweig, 1991
Arthur Schnitzler - Stefan Zweig, 1994
Richard Strauss - Stefan Zweig, 1931-1936 1994
Friderike Zweig - Stefan Zweig, L'Amour inquiet, Correspondance 1912-1942 1987
Romain Rolland - Stefan Zweig, Rencontre 1911
Amélie Breton - Stefan Zweig, Lettres 1922
Émile Verhaeren - Stefan Zweig 1996
Stefan Zweig, Correspondance. 1897-1919
Stefan Zweig, Correspondance. 1920-1931
 

 

 

,   Le choc émotionnel : Noëlle Chatelet


Bien sûr il y a "La Dernière Leçon". Ce livre dont on a beaucoup parlé. Emissions littéraires, Philosophie magazine... cette histoire singulière a fait couler beaucoup d'encre... et beaucoup de larmes. D'autant plus que cette "histoire" est vraie, vécue et transcendée par l'auteure.
résumé : Une mère annonce un jour à ses enfants qu'elle souhaite se donner la mort, tant qu'elle a la force et la lucidité de le faire elle-même. Elle a fixé la date : ce sera dans trois mois. Une des filles, Noëlle Chatelet, accompagne sa mère pendant ces trois incroyables mois. Leur proximité fusionnelle, rapportée sans fausse pudeur, rend souvent la lecture douloureuse, mais si belle.
Et la mère prend sa fille par la main, l'accompagnant jusque dans le deuil, qu'elle lui fait vivre avant sa mort.
 
"La Dernière Leçon" est bouleversante, qu'on ait l'âge de se projeter dans la "fille" ou dans la "mère" et fait écho à l'actualité sur la fin de vie et le droit à mourir dans la dignité.
 
Mais Noëlle Chatelet ce sont aussi d'autres romans d'une incroyable force, qui sont autant de réflexions et de paraboles.
 
"La courte échelle" est une histoire simple, si simple qu'il fallait la sensibilité et la délicatesse de Noëlle Chatelet pour voir l'invisible, raconter l'inénarrable et en faire un roman.
résumé : Une femme, Jeanne, brisée par la disparition de son mari traverse la vie enveloppée de son insondable chagrin.  Un jour, elle se surprend à accepter une invitation de Pierre, sexagénaire bourru, dans  un moulin. Murée dans son silence, Jeanne redécouvre peu à peu la vie. Pierre, Jeanne et leurs douleurs respectives cohabitent, se comprennent et peu à peu apprennent à s'aimer.
Je n'ai rien lu de plus beau que ce court roman.
Ici l'écriture porte l'histoire et touche au sublime. Les sentiments qui sont rapportés avec précision et décrits par métaphores poétiques cohabitent avec des descriptions brutes. On se laisse doucement porter par ce roman où il se passe si peu de choses visibles, mais tant de choses essentielles.
 
"La Femme coquelicot", explore un thème rarement traité : l'amour de ceux qu'on appelle pudiquement les seniors. Et ce qui est merveilleux dans ce roman, c'est la joie de vivre, l'insouciance et la bonne humeur qui s'en dégagent. Un histoire qui donne envie de vieillir.
résumé :  Marthe, délicieuse grand-mère de soixante-dix ans, découvre l'amour avec  Félix, un peintre de quatre-vingt printemps et se métamorphose sous les yeux étonnés de ses enfants et émerveillés de ses petits-enfants.
 
"La Petite aux tournesols", on retrouve dans ce roman Mathile, la petite fille de Marthe. Ce roman d'amour entre deux enfants explore toute le palette des sentiments : jalousie, fierté, attente, impatience, complicité, déception... A sept ans, on aime comme des grands, encore plus fort, encore plus vrai, car la vie n'a pas encore saupoudré la désillusion sur les coeurs.
résumé : Mathilde a sept ans, quand au cours de vacances en Provence, avec sa mère fraîchement séparée, elle rencontre Rémi. Un "grand" de sept ans qui lui fera vivre son premier amour, le plus pur et le plus beau qui soit. Et elle pense à Marthe, cette grand-mère partie en voyage avec son amoureux.
 
 
"La dame en bleu"est un éloge à la lenteur. Une vraie réflexion sur cette course incessante que nous menons. Vers quoi ? Pour qui ? Pourquoi ?
En creux, se lisent également la volupté et le repos de n'être plus dans la séduction.
résumé : Solange, femme active de son époque a la cinquantaine conquérante : un métier qu'elle aime, un statut envié, un amant empressé et des copines. Un jour, dans le tourbillon parisien elle remarque une dame en bleu, dont la lenteur du pas contraste avec l'effervescence de la foule. Elle se surprend à aimer, envier ce rythme. Peu à peu elle devient la femme en bleu : s'emeut de ces cheveux blancs qu'elle s'appliquait à masquer puis les aime et les revendique, s'agace calmement de l'insistance de ses amis d'avant devant son silence... et petit à petit Solange savoure et se glisse avec volupté dans le manteau de la vieillesse.
 
 
 
Noëlle Chatelet est bouleversante, sont écriture ciselée et son analyse des sentiments ne peuvent que faire échos à l'âme.
Par ailleurs cette capacité à convaincre d'une chose et de son contraire démontre la signature d'un grand écrivain.
Marthe, dans "La Femme coquelicot", vit un cheminement intérieur contraire à celui deSolange dans "La Dame en bleu". Et pourtant les deux sont convaincantes dans leur démarche, tellement crédibles,
comme le reflet l'une de l'autre.
Pour ma part je préfère l'éclat du rouge.