Un livre délivre un message.
Un livre délivre l'esprit.
Un livre délivre de la douleur.
Un livre délivre de la solitude.
Un livre délivre de l'ignorance.
Un livre délivre des barreaux.
Un livre délivre... tout court.
Le joueur d'échecs de Stefan Zweig... quelques mots pour vous mettre l'eau à la bouche.
Personne mieux que Stefan Zweig ne traduit l'avidité que ressent l'homme mis à l'isolement, devant le renflement d'une poche trahissant la présence d'un livre.
Cet homme dérobe le livre, mais est anéanti quand il découvre que ce trésor plein de ces mots dont le privent ses bourreaux est un manuel d'échecs.
L'homme deviendra le joueur d'échecs, ce manuel fera tomber les murs de sa prison et stimulera son cerveau qu'on voulait annihiler.
Ce que j'en pense, mieux, ce que j'en ai retiré.
Un livre magistral, un monument de littérature et de force. Stefan Zweig donne au lecteur une leçon de vie, de pugnacité et de courage... le tout admirablement servi par une intrigue et un suspense dignes d'un thriller.
Ce court roman, presque une nouvelle, est comme une gifle qu'on reçoit et qui nous remet dans la réalité de la liberté, de la démocratie et de la foi en notre force intérieure. Un éloge à la puissance de l'esprit et de la volonté.
"Le Joueur d’échecs", dernier livre écrit par Zweig, fut publié à titre posthume.
Un an avant sa publication Stefan Zweig et sa seconde épouse, Lotte, se suicidaient le 22 février 1942 à Pétropolis, près de Rio de Janeiro où ils s'étaient exilés, après avoir quitté Paris occupée par l'armée allemande.
Ce roman à part dans l'oeuvre de Zweig s'inscrit dans un contexte historique clairement identifié qui laisse penser à un roman, au moins en partie, autobiographique.
Sans doute un des livres qui m'ont le plus marquée...
et qui inspira le nom de ce site dédié aux livres.
Lettre laissée par Stefan Zweig pour expliquer son suicide, le 22 février 1942 :
Adieu
"Avant de quitter la vie de ma propre volonté et avec ma lucidité, j'éprouve le besoin de remplir un dernier devoir : adresser de profonds remerciements au Brésil, ce merveilleux pays qui m'a procuré, ainsi qu'à mon travail, un repos si amical et si hospitalier. De jour en jour, j'ai appris à l'aimer davantage et nulle part ailleurs je n'aurais préféré édifier une nouvelle existence, maintenant que le monde de mon langage a disparu pour moi et que ma patrie spirituelle, l'Europe, s'est détruite elle-même.
Mais à soixante ans passés il faudrait avoir des forces particulières pour recommencer sa vie de fond en comble. Et les miennes sont épuisées par les longues années d'errance. Aussi, je pense qu'il vaut mieux mettre fin à temps, et la tête haute, à une existence où le travail intellectuel a toujours été la joie la plus pure et la liberté individuelle le bien suprême de ce monde.
Je salue tous mes amis. Puissent-ils voir encore l'aurore après la longue nuit !
Moi je suis trop impatient, je pars avant eux."